Le paradoxe de la toiture « Cool Roof »

Les effets du réchauffement climatique se font de plus en plus sentir, avec des vagues de chaleur plus longues et plus intenses qui tendent à devenir la norme pendant la période estivale. Selon le rapport European State of the Climate ("État du climat en Europe"), l'Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement, les températures y augmentant à un rythme deux fois supérieur à la moyenne mondiale.

Sans surprise, les bâtiments peinent à maintenir une température confortable pour leurs occupants et à préserver les conditions requises pour les biens qu'ils abritent. De plus en plus de personnes ont recours aux systèmes de climatisation, ce qui génère davantage de chaleur et d'émissions de CO₂ rejetées dans l'atmosphère. Selon une estimation réalisée en 2021 par l'Agence de la transition écologique (ADEME), 25 % des ménages français et près de 40 % des entreprises sont équipés d'un système de climatisation, avec des niveaux de performance variables.

Dans ce contexte, le concept de "Cool Roof" ou toitures réfléchissantes connaît un essor croissant à l'échelle mondiale comme réponse à la surchauffe des bâtiments. Pour beaucoup, il représente désormais une forme de "Saint Graal" en matière de performance énergétique, de confort intérieur estival et de durabilité. Avec le renforcement des exigences de l'UE en matière de performance énergétique et la multiplication des phénomènes d'îlots de chaleur urbains dans les grandes villes comme Paris, Berlin ou Londres, il est essentiel de comprendre les mécanismes physiques à l'origine de ces phénomènes.

Qu'est-ce qu'une toiture Cool Roof ?

Le principe d'une toiture réfléchissante repose sur sa capacité à réfléchir une plus grande part du rayonnement solaire tout en limitant l'absorption de chaleur, contrairement à une toiture traditionnelle. Techniquement, une toiture réfléchissante maintient une température de surface plus basse grâce à deux caractéristiques clés : une forte réflectance solaire (ou albédo), qui lui permet de renvoyer une grande partie du rayonnement solaire, et une émissivité thermique élevée, qui favorise l'évacuation de la chaleur accumulée.

L'objectif d'une toiture Cool Roof est de limiter la quantité de chaleur transmise au bâtiment. En réduisant les apports thermiques en été, elle contribue à maintenir des températures intérieures plus confortables et à diminuer les besoins en climatisation ainsi que les consommations d'énergie associées.

Opter pour une toiture réfléchissante, en particulier dans les régions chaudes, semble donc être une évidence. Cependant, de nombreuses informations disponibles à ce sujet entretiennent une certaine confusion quant à ses véritables bénéfices. S'agit-il de la meilleure solution pour les occupants d'un bâtiment ? Permet-elle de réaliser des économies d'énergie importantes ? Atténue-t-elle efficacement l'effet d'îlot de chaleur urbain ? S'agit-il d'une solution viable sur le long terme ? Ces notions sont fréquemment confondues, comme si elles désignaient une seule et même réalité.

Bien plus qu’une question de couleur

Une simplification excessive, potentiellement trompeuse, s’est imposée dans le secteur : l’idée selon laquelle toute toiture blanche ou de couleur claire serait un "Cool Roof", que ce soit la membrane elle-même qui soit blanche ou de couleur claire, ou qu'elle ait été peinte avec un revêtement réfléchissant la lumière. En réalité, la science du bâtiment révèle un paradoxe bien plus complexe qu’il n’y paraît.

Pour commencer, un aspect rarement abordé concerne le comportement à long terme : la capacité de réflexion d’une membrane ou d’un revêtement de toiture ne reste pas constante dans le temps. Toutes les toitures exposées de couleur claire finissent par se salir et subissent une perte inévitable de leur pouvoir réfléchissant au fil du temps, lequel peut diminuer de 30 à 50 % dès les trois premières années.

Les membranes de toiture de faible qualité, qui ne sont pas correctement stabilisées face aux niveaux d’UV actuels, ont tendance à jaunir. Lorsqu’une membrane devient jaune ou ivoire, elle ne peut plus être considérée comme une « toiture réfléchissante » et perd ses performances thermiques initiales.

La saleté joue également un rôle important. Dès la phase de mise en œuvre, les toitures peuvent déjà se salir sous l’effet des passages répétés des intervenants sur le chantier. Sur les toitures équipées d’installations photovoltaïques, le trafic piéton est encore plus important, ce qui entraîne un encrassement plus rapide. Par la suite, tout au long de la durée de vie de la toiture, celle-ci se salit sous l’effet de phénomènes naturels tels que les poussières en suspension ou transportées par le vent, la pollution, les oiseaux… et même la pluie.

Un nettoyage régulier de la toiture pourrait sembler être la solution, mais l’expérience montre qu’en pratique, il est très peu réalisé. La principale raison est d’ordre économique : maintenir une toiture de couleur claire propre et dotée de ses propriétés réfléchissantes initiales impliquerait des coûts d’entretien bien supérieurs aux économies d’énergie générées par le choix initial de cette couleur.

Lors de la prescription pour de futurs projets, il est donc important de prendre en compte la valeur SRI « vieilli » d’une membrane ou d’un revêtement de toiture. Le choix d'un matériau facile à nettoyer ou doté de propriétés antimicrobiennes contribue à maintenir ses performances.

L’importance du système de toiture dans son ensemble

Lors d’une journée estivale chaude, la température d’une toiture de couleur claire avoisine 40 à 45 °C, contre 70 à 75 °C pour des surfaces sombres. Peut-on en déduire qu’une toiture blanche ou claire permet automatiquement de gagner 30 °C de confort intérieur ? Pas vraiment.

Tout dépend de la conception de l’ensemble du système de toiture. Une toiture est en réalité un ensemble d'éléments de construction qui se compose de différentes couches, chacune ayant une fonction spécifique. Pour qu'une toiture fonctionne correctement et atteigne les meilleures performances thermiques, chaque composant doit avoir un rôle défini et fonctionner en synergie avec les autres. En résumé, on ne peut pas se limiter à la seule couche supérieure de la toiture sans se soucier des autres composants du système.

Pour atteindre une véritable efficacité énergétique sur une toiture, une bonne isolation thermique a un impact bien plus déterminant que la couleur de la membrane d’étanchéité. Par exemple, l’utilisation d’une membrane ou d’un revêtement réfléchissant sur une toiture en bac acier non isolée permet effectivement de réduire la température intérieure. En revanche, avec une toiture correctement isolée, même de manière minimale, la réduction de la température intérieure sera bien plus significative. Ainsi, dès lors qu’une toiture est efficacement isolée, le bénéfice en confort intérieur lié à la seule mise en place d’une membrane ou d’un revêtement réfléchissant devient très limité.

Une toiture Cool Roof est-elle durable ?

La durabilité d’un matériau de toiture repose sur plusieurs facteurs. L'un d'eux est la consommation d'énergie nécessaire à sa fabrication (son empreinte carbone). Les membranes monocouches telles que l’UltraPly TPO nécessitent moins d’énergie pour leur fabrication en raison de leur faible masse. Par ailleurs, sa formulation ne contient ni chlore ni halogènes et, surtout, bénéficie d’une longue durée de vie.

Le cycle de vie est étroitement lié aux performances en conditions d’utilisation. Une membrane d'étanchéité EPDM a une durée de vie beaucoup plus longue qu'une membrane claire de même épaisseur. Ceci signifie qu'elle devra être remplacée moins souvent. Si l’on considère que les travaux de réfection de toiture génèrent davantage d’émissions de CO₂, de déchets et de coûts, quelle est alors la membrane la plus durable ? La plus réfléchissante ou celle qui dure le plus longtemps ?

Concernant leur impact sur l’effet d’îlot de chaleur urbain, les surfaces claires permettent de réduire la chaleur ambiante à l’extérieur des bâtiments, et dans une moindre mesure à l’intérieur de ceux-ci. Cependant, des études récentes menées par l’université de Stanford* montrent que les toitures réfléchissantes ne suppriment pas le problème de la chaleur, mais le déplacent plutôt vers les surfaces environnantes. En milieu urbain, les surfaces les plus importantes ne sont pas les toitures, mais les rues et les façades. Les toitures réfléchissantes peuvent renvoyer l’énergie vers de grandes surfaces voisines, telles que les façades vitrées ou les façades en béton. Ces surfaces accumulent d’importantes quantités de chaleur et ne sont pas en mesure de la restituer efficacement durant la nuit, ce qui tend à aggraver la situation.

En outre, les bâtiments de grande hauteur réfléchissent l’énergie vers l’atmosphère d’une manière susceptible de perturber les cycles des précipitations. Les surfaces blanches réduisent les échanges verticaux d’humidité avec l’atmosphère. Ce phénomène entraîne une réduction de la couverture nuageuse, une baisse des précipitations et une augmentation des conditions de type sécheresse, soit l’effet inverse de celui recherché.

En résumé, pour être véritablement durable, une membrane de toiture doit être moins consommatrice de ressources, offrir une longue durée de vie, garantir de bonnes performances et être compatible avec des solutions telles que les toitures végétalisées. Celles-ci, en plus de maintenir la toiture plus fraîche en été qu’une surface blanche, apportent également de l’oxygénation, de l’évapotranspiration et d’autres bénéfices contribuant efficacement et durablement à atténuer l’effet d’îlot de chaleur urbain.

Une solution qui ne convient pas à tous les cas

Les bénéfices réels d’une toiture Cool Roof doivent être analysés en tenant compte du climat local, de la localisation géographique, du type de bâtiment et du niveau d’isolation thermique. Le budget constitue également un facteur important. Une toiture Cool Roof représente souvent une solution économique en rénovation, mais il convient également d’évaluer son coût à long terme ainsi que son impact environnemental.

"Opter pour une solution Cool Roof lors de la rénovation d’un bâtiment mal isolé dans une région chaude comme le sud de la France peut tout à fait être pertinent", explique Jean-Luc Roudaut, responsable prescription photovoltaïque pour la France chez Holcim Solutions and Products EMEA. "En revanche, dans le nord de la France, où le climat est plus tempéré, des interrogations apparaissent : quelle part d’énergie faut-il consacrer à la climatisation en été par rapport au chauffage en hiver ? En hiver, une membrane ou un revêtement réfléchissant réduit les apports solaires et peut augmenter les besoins en chauffage. Il est donc nécessaire de raisonner sur l’ensemble de l’année, et pas uniquement sur l’été", ajoute-t-il.

Avant de considérer de manière simplifiée qu’une toiture réfléchissante est une toiture "Cool Roof", et si l’objectif est d’améliorer efficacement le confort intérieur en période chaude tout en réduisant le recours aux systèmes de refroidissement et les coûts énergétiques associés, il est conseillé de prendre en compte les éléments suivants :

  • Les solutions ne se limitent pas aux surfaces blanches ou réfléchissantes. Étendez votre approche à la conception de l'ensemble du bâtiment (façades, voisinage, isolation, budget disponible, etc.)
  • Prenez en considération la situation géographique ainsi que la typologie du bâtiment. Les immeubles résidentiels et industriels ont des besoins très particuliers.
  • Quelle est la qualité de l'isolation de la toiture ? S'agit-il d'un projet de rénovation ou d'une nouvelle construction ?
  • Les matériaux de toiture réfléchissants perdent leur pouvoir réfléchissant au fil du temps. Recherchez la valeur SRI vieillie du matériau, telle qu’elle est certifiée ou fournie par un organisme tiers indépendant. Veillez également à ce que la toiture soit dotée d’une pente suffisante pour prévenir toute accumulation d’eau stagnante, susceptible d’accélérer son encrassement et de réduire ses performances réfléchissantes. Un nettoyage régulier peut contribuer à restaurer l’Indice SRI, mais cette opération engendre des coûts supplémentaires et peut également affecter les performances du matériau, en accélérant le vieillissement et la dégradation de la membrane.
  • Si vous utilisez des revêtements réfléchissants, évitez de choisir des revêtements bon marché qui sont poreux et peuvent facilement retenir la saleté. Assurez-vous également que ces matériaux ne libèrent pas de polluants dans l’air ni dans les eaux de pluie.
  • La durabilité de l’ensemble du système de toiture est l’un des facteurs les plus importants à prendre en considération.

Nos membranes d’étanchéité monocouches proposent une large gamme de solutions pour améliorer le confort thermique des bâtiments ; la toiture cool roof n’est que l’une des options disponibles. N’hésitez pas à prendre contact avec l’un de nos représentants locaux. Il pourra vous conseiller et vous accompagner dans le choix de la solution la plus adaptée aux besoins spécifiques de votre projet.

*Jacobson, M. Z. et Ten Hoeve, J. E., "Effects of Urban Surfaces and White Roofs on Global and Regional Climate", Département d'Ingénierie civile et environnementale, Université de Stanford, Stanford, Californie